14 mai 2008

Rauschenberg : un pape pop casse sa pipe

13_overdrive_lgl“[ROCI (Rauschenberg Overseas Culture Interchange)] était un projet dédié au pacifisme : en ce sens, cela a surtout été un échec. J'ai toujours eu cette idée dans un coin de ma tête, mais ce qui m'a déterminé à le mener à bien a été de travailler en Chine. Il y avait là tant de haine et de suspicion ! Des gens qui avaient des parents, grands-parents ou enfants vivant dans un autre village avaient besoin d'un permis pour aller les voir ! Je me suis dit : mon Dieu, dans une même famille, tu ne peux même pas avoir confiance en l'autre ! Ce n'est pas étonnant que le monde soit dans cet état.

“Si tout le monde connaissait l'autre, ce qu'il mange, comment il danse, ou pense, les relations sur la planète seraient moins brutales. Pour moi, la connaissance était à la base de tout. Alors j'ai fait, seul et avec mes modestes moyens, tout ce que j'ai pu pour présenter une nation à une autre. Par exemple, j'ai travaillé avec des Tibétains, et j'ai présenté leur travail en Chine. Et vice versa. C'est un peu tard maintenant, mais si vous avez des idées de ce genre, je suis toujours preneur...“

Ainsi parlait Robert Rauschenberg, peintre compagnon du pop art et de l'art pauvre, détourneur d'objets et capteur talentueux des mythologies contemporaines, mort hier, à 82 ans, à Captive Island en Floride.

PS - Ce mercredi, Sotheby's propose à la vente trois de ses œuvres, dont Overdrive, de 1963 (ci-dessus), estimé entre 10 et 15 millions de dollars.

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13 mai 2008

La Birmanie, la Chine et l'aide humanitaire

Tandis que la surréaliste junte birmane met des bâtons dans les roues de la solidarité internationale, la Chine, affectée par un séïsme de grande ampleur, “accepte l'aide internationale matérielle, mais pas l'envoi d'équipes“, titre Le Monde daté d'aujourd'hui.

Les attitudes des deux gouvernement ont leurs logiques propres : en repoussant ou en ralentissant l'aide internationale, la dictature du Myanmar, mélange de trafiquants et de bandits en uniforme, montre clairement qu'elle préfère sacrifier une partie de la population birmane plutôt que de perdre, même partiellement, son contrôle de fer sur le pays qu'elle taille et corvée à merci depuis des décennies ; en refusant l'accès aux équipes internationales, la Chine soulève un réel problème technique d'accès aux zones sinistrées, mais veut également affirmer sa puissance, son indépendance et sa fierté, en se montrant capable de faire face, de manière autonome, à toute situation et en privilégiant sa cohésion nationale plutôt que la survie de quelques dizaines de milliers d'individus.

Ces deux attitudes ont un point commun : l'intrusion massive d'étrangers, fût-elle bien intentionnée, s'apparente à une menace, voire à une invasion, comme celles que les deux pays ont connu à plusieurs reprises. Au-delà du secours immédiat, l'aide humanitaire est porteuse d'informations, d'idées, de méthodes, qu'à tort ou à raison, les gouvernements locaux considèrent comme hostiles à leur pouvoir ou nuisibles à terme pour leurs populations.

Tout cela met en évidence la paranoïa consubstantielle à certains régimes. Accessoirement, cela invalide les politiques ou les attitudes de boycott à leur endroit qui, au fond, confortent et renforcent leurs pouvoirs en coupant les flux d'information.

Mais considéré sous un autre angle, les attitudes des gouvernements birmans et chinois nous interrogent sur la vraie nature et les vrais effets de nos interventions humanitaires, sans doute pas toutes si désintéressées qu'il y parait.

La mémoire des peuples étant, comme d'autres, un plat qui se mange froid, nous payons sans doute avec retard, la facture de nos interventions très chrétiennes ou très coloniales des siècles passés. Et, une fois de plus, on nous rappelle avec fermeté que nos “valeurs universelles“ ne le sont pas tant que ça.

08 mai 2008

Une force de défense civile internationale ?

Les effets dévastateurs du cyclone Nargis dans le sud de la Birmanie (les chiffres avancés sont égaux ou supérieurs à 100.000 morts, 1 million de sinistrés, 24 millions de personnes affectées par les inondations, sur une population d'environ 57 millions), posent, une fois de plus, la question du fonctionnement des instances de régulation ou de gouvernance internationale.

L'ONU, en capacité de décider les interventions militaires que l'ont sait en Irak (1991) ou en Afghanistan (2002), avec les conséquences douteuses que chacun peut constater, reste impuissant face aux drames humanitaires de grande ampleur.

Dans le drame actuel, la dictature birmane préfère le maintien de son pouvoir au sauvetage de son peuple et rechigne à s'ouvrir à l'aide internationale. La Russie et la Chine ont stupidement barré l'heureuse initiative de la France, qui avait proposé de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies pour obliger la junte à s'ouvrir.

Ne serait-il pas temps de créer une force d'intervention de défense civile internationale et, pourquoi pas, d'abord européenne, susceptible de se déplacer, sans négociation préalable, sur de courtes périodes (moins d'un an), pour porter assistance médicale, alimentaire, renfort de génie civil et de maintien de l'ordre, dans les cas de catastrophe naturelle qui semblent se multiplier avec la croissance des dérèglements climatiques ?

06 mai 2008

Cinq images de Birmanie

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05 mai 2008

Sarkozy : demain, c'est son anniversaire et tous les jours c'est notre fête...

Demain, il y aura un an que Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République. Depuis plus d'une semaine, les médias dressent des bilans, généralement peu flatteurs, appuyés par des sondages calamiteux.

J'ai plutôt choisi de republier ci-dessous, sans y toucher un mot, le post écrit le 5 mai 2007, à la veille du second tour.  Je tentais d'y expliquer mon choix entre les deux finalistes : il y aurait pas mal de choses à ajouter, tant l'année fut à la fois frénétique dans la forme et sans surprise sur le fond, mais peu à retrancher, tant il semble que Nicolas Sarkozy s'est appliqué à illustrer la formule de Lampedusa dans Le Guépard : “Il faut que tout change pour que rien ne change.“

On pourra également jeter un œil sur “4 mois d'ère Sarkozy“, 3 posts écrits ici en septembre dernier (la forme, sécurité intérieure et insécurité extérieure, économie).

Dans l’idéal, j’aurais préféré autre chose : quelqu’une ou quelqu’un qui aurait posé des questions de fond et en aurait déduit des réponses de surface, plutôt que l’inverse.

Au lieu de quoi, nous avons été gratifiés de ce spectacle déroutant où nombre de questions fondamentales ont été escamotées, où les candidats, cantonnés –par eux-mêmes, leurs partisans, les médias et leurs auditoires- dans un rôle de “techniciens de surface“, ont posé en nettoyeurs superficiels de la société et de l’Etat, évitant soigneusement les écuries d’Augias, les coins, les recoins et le dessous des meubles.

Mais, après tout, la hauteur de vue est un art difficile, impossible peut-être, quand les temps sont bas de plafond. M’est avis cependant que nous n’en ferons pas longtemps l’économie.

Restent donc deux candidats. Sans aucun doute, dans ce contexte, les meilleurs de leur camp : il n’y a pas de meilleur conservateur que Nicolas Sarkozy ; il n’y a pas de meilleure réformatrice que Ségolène Royal.

Non que l’un ou l’autre soient exceptionnels ou irremplaçables, mais personne n’est survenu pour les concurrencer sur le territoire qu’ils avaient préempté, celui de la rénovation de leur propre famille : ni Michèle Alliot-Marie, ni Dominique de Villepin, ni Laurent Fabius, ni Dominique Strauss-Kahn… Ni François Bayrou, qui voulait former une nouvelle famille sur les décombres des deux autres, en s’appuyant sur ce qu’il avait sous la main, un espace étroit peuplé de faux-frères.

Restent donc deux candidats.

Nicolas Sarkozy, doux aux forts, dur aux faibles

De Nicolas Sarkozy, au-delà du personnage que je ne juge pas, je ne partage ni les choix atlantistes en politique extérieure (qui le place loin de la tradition gaulliste et loin sans doute d’une vision d’avenir pour le monde), ni les choix ultra-libéraux en économie et en politique sociale, ni les choix réactionnaires sur les sujets les plus divers (environnement, inné-acquis, égoïsme de classe, etc).

Le libéralisme qu'il défend relève d’une “mode“ vieille de 30 ans, dont chacun peut mesurer à quel point, si elle a permis la création de richesses, c’est dans un esprit d’égoïsme et d’individualisme forcené.

Il s’agit de donner toujours plus aux riches en dépouillant les pauvres, de tirer toujours plus de lignes de crédit, de prélever toujours plus de ressources naturelles en en privant les générations futures.

Le libéralisme qu’il défend fonctionne au prix de la dévalorisation du travail, de la sur-valorisation du capital, de la sur-consommation des ressources naturelles, de la destruction massive de l’environnement, du lien social, de la solidarité, des services publics et de l’accroissement des inégalités, en France comme ailleurs.

Le modèle sociétal défendu par Nicolas Sarkozy, repose sur l’absence de contraintes en économie et l’usage de la contrainte d’Etat en politique.

C’est cette double identité qui distingue les libéraux “conservateurs“ d’aujourd’hui de la grande tradition libérale “progressiste“ du XIXe siècle.

Quoiqu’il en dise et quelles que soient les flatteries qu’il adresse aux travailleurs-travailleuses, le modèle proposé par Nicolas Sarkozy est doux pour les forts et dur pour les faibles ; il prône la liberté pour les premiers et son aliénation pour les seconds.

Il le fait sans complexes. Avec une gourmandise de pouvoir, un narcissisme et une brutalité d’expression qui augurent mal de son sens du dialogue social et de la démocratie. Nicolas Sarkozy fait peur. D’autant que ses opinions, ses intuitions, ses analyses, sont souvent infondées.

Que sera la politique étrangère de celui qui se flatte d’être appelé “Sarko l’américain“ ? Curieux sobriquet pour qui veut établir un “Ministère de l’immigration et de l’identité nationale“.

Le projet de Nicolas Sarkozy, au total plus ancré dans le XIXe siècle dans le XXIe. dessine un monde ancien plus qu'il n’esquisse une vision d'avenir. A moins que l’avenir ne soit très sombre. Mais dans ce cas, il se passera de mon approbation. Donc, décidément, je ne voterai pas pour lui.

En face, Ségolène Royal, propose des choix très différents...

Lire la suite "Sarkozy : demain, c'est son anniversaire et tous les jours c'est notre fête..." »

02 mai 2008

Crise financière : plus dure sera la chute

Avant-hier, Ben Bernanke a baissé le taux directeur de la Réserve Fédérale américaine de 2,25 à 2%. Cette septième baisse, en l'espace de sept mois, l'amène à son plus bas niveau depuis décembre 2004.  Il est probable qu'elle marque la fin d'un cycle baissier.

Elle a, comme les baisses précédentes, un objectif simple : rendre l'argent moins cher, faciliter sa circulation et, par là, relancer l'activité économique.  Mais, comme les baisses antérieures, qui n'ont d'ailleurs pas eu les effets escomptés sur l'économie américaine, elle porte plusieurs conséquences importantes :

- moins rémunérateur, l'investissement en dollars est de moins en moins intéressant pour les opérateurs étrangers, tentés par des investissements dans d'autres monnaies (l'Euro est rémunéré au taux de 4%) ou dans d'autres véhicules (l'intérêt des chinois ou des indiens est désormais d'investir dans les matières premières nécessaires à leur croissance et dans les régions -l'Afrique notamment- qui peuvent les leur fournir ou constituer des espaces de “colonisation“ futures),

- la valeur du dollar par rapport à d'autres monnaies et, principalement, face à l'Euro, devrait continuer de baisser (avec des pauses, comme c'est le cas ces jours-ci). Certains économistes le voient descendre jusqu'à 1,7€ ou même 2€ dans un proche avenir, ce qui ne sera pas favorable aux exportations européennes, donc à l'activité dans la zone Euro,

- l'abyssale dette américaine, libellée en dollars, s'en trouvera mécaniquement diminuée. Mais cela signifie également que les créanciers étrangers des Etats-Unis -japonais, chinois, arabes, mais aussi, quoique dans une moindre mesure, européens- voient leurs avoirs et leur épargne en Bons du Trésor américain perdre de la valeur. En clair, ils se retrouvent dans la situation de s'être apauvris en finançant à perte, depuis des années,  le train de vie des Etats-Unis.

A ce stade de la crise financière, qui a débuté en août dernier, les autorités monétaires américaines ont nationalisé les pertes du système bancaire (si jaloux de sa liberté quand il s'agit de préserver ses bénéfices), c'est-à-dire qu'elles les font peser sur les contribuables, sans espoir de retour. Dans le même temps, en laissant filer le dollar, les Etats-Unis font peser sur le reste du monde le poids de leurs dettes.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des monde et les spécialistes, dont on a déjà apprécié la hauteur de vue et la rigueur d'analyse, veulent nous faire croire, depuis quelques jours, que la crise financière touche à sa fin, sans que rien n'aie été réellement fait pour en corriger ou en réguler les causes. Plus dure sera la chute.










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30 avril 2008

Hommages posthumes à Henri Salvador

Jack Lang, François Mitterrand, Raymond Barre, Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy, Philippe de Villiers, Charles Pasqua rendent hommage à Henri Salvador :)

Téléchargement kl_fr_artistes_fr.wmv

(merci, Didier)

Monsanto ou Mondiablo ?

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Vision hier, en DVD (édité par Arte Vidéo), de l'impressionnant documentaire “Le monde selon Monsanto“, de Marie-Monique Robin, récemment diffusé sur Arte.

Je ne saurais trop en recommander la vision, tant il est passionnant, à deux titres au moins.

Techniquement, il l'est sur les dangers nombreux que fait peser  une grande partie de l'activité de Monsanto sur la santé des hommes, sur l'économie de l'agriculture (surtout dans les pays émergeants) et sur l'environnement.

Techniquement, il l'est également sur les pratiques d'une société commerciale qui, pour préserver son activité et ses profits, utilise un arsenal impressionnant (analyses faussement scientifiques, mensonges, faux témoignages, discrédit, voire destruction des adversaires, corruption, etc) et sur celles de son autorité de tutelle, qui semble plutôt être son autorité “sous tutelle“, la FDA (Food and Drugs Administration).

Moralement, il l'est plus encore, par les questions qu'il suscite : quelle étrange perversion conduit une entreprise (actionnaires, dirigeants, cadres, chercheurs, techniciens) à exercer tant de talent, à fédérer tant de savoirs-faire et d'expertises, pour mener une activité in fine aussi contestable, détestable et néfaste ?

Et par quelle faiblesse de l'esprit public, aux Etats-Unis et ailleurs, trouve-t-elle des alliés puissants et n'est-elle pas mise en demeure de faire évoluer ses pratiques et ses objectifs ?

27 avril 2008

Donner du cœur à l'Europe

Dclaration_de_robert_schuman En réfléchissant avec un ami sur les symboles que pourrait mettre en avant la prochaine présidence française de l'Union européenne, je re-découvre avec consternation qu'il existe, depuis 1985, chaque 9 mai,  une “Journée de l'Europe“. Elle commémore la déclaration de Robert Schuman, qui a marqué, le 9 mai 1950, le début de la construction européenne. 

Cette “Journée de l'Europe“ donne lieu, dans l'indifférence générale, à quelques déclarations officielles et illuminations de monuments.

Ne serait-il pas opportun de faire de cette journée, ou d'une autre -sur le modèle de la Fête de la Musique-, une véritable fête populaire dans toute l'Union européenne ?

Elle permettrait aux différentes sensibilités, spécialités, couleurs, cultures et talents européens de se rencontrer, de se retrouver, de fraterniser.

Elle aurait pour vocation  d'inviter les peuples à se réapproprier l'idée européenne et de donner du cœur à une entreprise, généreuse à son origine, mais dont les peuples se sentent et, de fait, sont aujourd'hui exclus.

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PS - Admirez la tristesse et la pauvreté grahique de l'affiche de la journée de l'Europe 2008. Bandant, non ?

26 avril 2008

Petite histoire d'un barrage mal barré

Le_fleuve_niger Prenez un pays africain francophone, riverain d'un grand fleuve. Il a un grand projet de barrage hydroélectrique. Il lui faut évidemment trouver des financements. Il s'adresse à l'Union européenne, qui s'intéresse au projet, délègue des techniciens, diligente une étude d'impact.

Les pays voisins ont vent du projet. Ils font valoir que la construction du barrage va bouleverser et affecter de manière catastrophique les éco-systèmes et les économies locales, en amont et en aval du fleuve. L'étude d'impact européenne leur donne raison et, en conséquence, l'Union européenne renonce à financer le projet.

Notre pays africain, moins soucieux de l'intérêt des populations et de l'environnement riverain que des siens propres et de la manne que constituerait la réalisation du projet pour quelques potentats locaux, commande alors une autre étude d'impact à une société canadienne réputée. Celle-ci, bonne fille ou grassement payée, rend des conclusions qui vont dans le sens souhaité par le pays commanditaire.

Celui-ci, fort d'une étude qui lui donne sa bénédiction, n'a plus qu'à aller frapper chez les américains, les chinois ou les pays pétroliers, trop contents d'échanger contre le financement du barrage, une diminution supplémentaire de l'influence française et européenne dans un pays africain.

Ainsi va le monde...

25 avril 2008

Nicolas Sarkozy : “décisions“ et rideaux de fumée

C'est François Mitterrand, je crois, qui a dit en substance : “Au total, un président ne prend que deux ou trois décisions au cours de son septennat.“ Nicolas Sarkozy, lui, dit prendre une dizaine de décisions par jour.

Soit l'un n'en faisait pas assez, soit l'autre en fait trop, ce qui n'est pas impossible dans les deux cas. Soit ils n'accordent pas le même sens aux mots, ni à leur charge.

L'un pensait aux décisions stratégiques que constituent la nomination du premier ministre et de l'orientation politique qui va avec, ou qu'appellent la situation internationale. L'autre semble mettre dans le même sac toutes sortes de décisions, qu'elles soient stratégiques ou tactiques.

Toutes choses n'étant pas égales par ailleurs, cette mise à plat du monde écrase toute hiérarchie, rend brouillonne et peu lisible la politique de Nicolas Sarkozy. Est-ce une marque de caractère, une incapacité à gouverner ou une tactique ?

A regarder simplement deux “décisions“ de Nicolas Sarkozy, j'opterais pour la tactique. Prenons l'Europe et l'Afghanistan, deux sujets dans lesquels l'embrouille masque une vraie cohérence.

Dans le premier cas, il a embrouillé son monde avec le “traité simplifié“. Il s'est vanté d'en être l'artisan (au grand dam de la présidence Merkel qui n'a rien cédé à la France) et a même dit un jour en public que c'était un texte de 20 pages : il est long de centaines de pages, plus illisible encore que l'original et simplifié ni dans la forme, ni dans le fond. Le “maquillage“, le déni de démocratie est passé comme une lettre à la poste, avec la complicité de la majorité des socialistes. Rideau de fumée, mensonge, mais cohérence.

Dans le second cas, il essaie d'embrouiller tout le monde, en s'alignant comme un seul homme sur la politique américaine, en envoyant des renforts militaires sur un terrain miné et en proclamant hier soir, pour rattraper ses propres déclarations antérieures, qu'il n'y a pas de guerre en Afghanistan. Il y avait des armes de destruction massive en Irak, il n'y a pas de guerre en Afghanistan. Rideau de fumée, mensonge éhonté, mais, là encore, cohérence de “Sarko l'américain“.

Est-ce cette cohérence-là, notamment déguisée en “réformes“, s'agissant de politique économique, financière et sociale, que souhaitent les français ? Je ne le pense pas.

24 avril 2008

Le conteur d'histoires et l'Histoire

19727avideo_voeux_de_nicolas_sarkozMais que va-t-il dire, que va-t-il dire“, s'interrogent les journalistes.

Ben qu'esse tu veux qu'il dise ?

Voila un un artiste-interprète, un conteur d'histoires talentueux qui s'est mis en situation d'écrire l'Histoire.

C'est peut-être “une bonne place“, comme il dit, mais ce n'est pas le même métier...

Dans un cas, il s'agit de capter, l'un après l'autre, des auditoires différents et de les embarquer dans des fictions rassurantes ; dans l'autre, il s'agit de se colleter avec le réel, multi-dimensionnel et plus souvent chahuteur que bon public.

Le court terme, meilleur ennemi du long terme

Les “émeutes de la faim“, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, ont mis en lumière un drame qui, selon, Josette Sheeran, directrice exécutive du PAM (Programme Alimentaire Mondial), “aux 854 millions de personnes souffrant de la faim que comptait le FAO (Food and Agriculture Organization, agence de l'ONU) en 2007, s'ajoutent les cent millions de personnes en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine qui, au cours des six derniers mois d'inflation des cours agricoles, ont basculé dans la précarité.

Aussitôt, de bonnes âmes, ici et là, ont promis d'augmenter les aides d'urgence. Nicolas Sarkozy, par exemple, s'est engagé à doubler celles de la France, pour les porter à 60 millions d'Euros, la grande-Bretagne va débloquer 37 millions d'Euros supplémentaires, l'Union Européenne, 117 millions, les Etats-Unis, 125 millions.

En admettant même que ces annonces soient suivies d'effets concrets, elles seront loin de suffire à répondre aux urgences. Et, surtout, elles sont sans conséquences sur les causes structurelles de la crise actuelle.

La Banque Mondiale, qui a largement participé à déséquilibrer les agricultures des pays en développement (en favorisant une sorte de division mondiale du travail agricole et en les orientant, à tort, vers de la culture d'exportation plutôt que vers de la culture vivrière de proximité), le FMI et l'OMC, commencent à pointer les causes profondes du drame alimentaire.

Reste à savoir si les généreux donateurs en comprendront également les causes et en tireront les conséquences pour le long terme, notamment en changeant d'attitude dans les négociations de l'OMC où ils (principalement la France et les Etats-Unis) ont privilégié le court terme et les intérêts d'une minorité de grands agriculteurs, plutôt que le long terme et les intérêts d'une majorité d'hommes.

23 avril 2008

Les commissariats gavés de GAV

562.083 : c'est le nombre des gardes à vue en 2007, contre 364.535 en 2000. Les gardes à vue ont donc concerné, l'an passé, plus de 10% 1% des français de plus de 16 ans.

La garde à vue, qui n'est pas une “sanction“, mais une “mesure technique judiciaire, un acte d'enquête, opéré sous le contrôle d'un procureur“, est la détention d'une personne, après le constat d'une infraction. Elle s'effectue généralement dans un commissariat, dans des conditions psychologiques et hygiéniques souvent contestables.

La loi la limite à 48 heures maximum (à l'exception des personnes soupçonnées d'actes terroristes, qui peuvent être détenues 96 heures et même jusqu'à 6 jours).

En 2007, 100.666 gardes à vue (contre 57.931 en 2000, +73,8%) ont duré plus de 24 heures.

Cet accroissement sensible, justifié par la police, qui y voit une facilité plus grande d'élucidation des enquêtes, est dénoncé par les magistrats. No comment.

PS : Pour mémoire, en 2006, il y avait 50.207 places dans les prisons françaises, pour 60.771 écroués.

22 avril 2008

Un jour chez Georges

Journée d'examens médicaux à l'hôpital Georges Pompidou qui a retrouvé un fonctionnement normal. Si l'on excepte une ou deux personnes d'abord difficile, ce qui m'a frappé, en traversant quatre ou cinq services, c'est la gentillesse et le dévouement des personnels soignants. Surtout, si l'on est dans un mood à les faire sourire.

Pour le reste, évidemment, faut que j'arrête de manger, faut que j'arrête de boire, faut que j'arrête de fumer, faut que j'arrête pas de bouger...

A part ça, j'ai un cœur de  jeune homme dans un corps de vieux con. Ce n'est qu'une demi-surprise :)

21 avril 2008

Finalement, être gouvernés est moins facile qu'on ne le pensait

“Finalement, gouverner est plus facile que je ne le pensais“ - Nicolas Sarkozy, dans Le Point de cette semaine.

Selon un sondage Ifop pour le JDD, 79 % des personnes interrogées estiment que l'action du président et du gouvernement n'ont pas permis d'améliorer la situation de la France et des Français (ils n'étaient que 59 % à le penser en novembre 2007). 49 % des Français considèrent même que l'action du chef de l'Etat et du gouvernement n'a "pas du tout" amélioré la situation. Même chez les sympathisants de l'UMP, l'action du gouvernement n'obtient pas plus de 50 % d'approbation.

Un autre sondage, publié aujourd'hui par Libération, réalisé par l'institut Viavoice, révèle que 59 % des Français considèrent que la première année du quinquennat de M. Sarkozy a été "plutôt un échec“ ; 20 % la juge comme "un succès". Parmi les raisons qui ont terni le début de mandat, on retrouve la "médiatisation" du chef de l'Etat (67 % d'insatisfaits), "les résultats obtenus" (67 % d'insatisfaits) et "les orientations politiques" (55 % d'insatisfaits).

20 avril 2008

Vol au-dessus d'un nid de consultants

H_3_ill_1036227_unenyt Le Monde fait état d'une enquête, approfondie et remarquable, parue aujourd'hui dans le New York Times, sur les liens coupables entre les experts militaires employés par de nombreux médias américains et le Pentagone, depuis environ 2002.

Parmi les 8.000 pages de documents consultés par les enquêteurs du New York Times (dont certains ont été obtenus par voie de justice), on trouve des notes du Pentagone [qualifiant] ces consultants d'"auxiliaires" chargés de "multiplier la force du message" et de diffuser les "thèmes et messages" de l'administration, en les faisant passer pour "leurs propres opinions"...

On ne peut évidemment imaginer que des pratiques pareilles soient possibles en France, ni dans le domaine militaire, ni dans le domaine économique et financier, ni autre.

Le pétaflop n'a rien d'un pet foireux

Lu dans Le Monde : “Un million de milliards d'opérations par seconde, soit un pétaflops. C'est la performance qui sera demandée aux supercalculateurs du futur, dont la France souhaite accueillir un exemplaire sur le site de Bruyères-le-Châtel (Essonne) du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) [...] dans le cadre d'un consortium de quinze Etats européens, réunis dans le projet Prace (Partnership for Advanced Computing in Europe).

“L'objectif, soutenu par Bruxelles, est de doter l'Europe de trois à cinq calculateurs de niveau pétaflopique. La France et l'Allemagne ont décidé de coopérer sur ce dossier, avec l'espoir d'accueillir, dès 2010, les deux premières machines. Trois autres pays sont en lice : la Grande-Bretagne, l'Espagne et les Pays-Bas.“

Free Tibet ? Free Corsica !

ChinejdaJeanne d'Arc, prostitute ; Napoléon = pervert ; France = nazi ; Free Corsica !
le tout en anglais, comme notre chanteur à l'Eurovision, est élégamment assorti de croix gammées...

Evidemment, ces inscriptions sur le drapeau français  ne sont pas d'une subtilité absolue, d'une cohérence historique ou politique évidente.

Elles sont faites pour énerver, faire mal et se veulent insultantes.

Toute la différence entre les drapeaux “Free Tibet“ des derniers jours et celui-ci tient en ceci : les fans du Tibet, que je pense depuis le début un brin manipulés, croient naïvement manifester au nom de “valeurs universelles“ ; les manifestants chinois, sans doute encore moins spontanés, répliquent en plaçant leur orgueil national plus haut que ces valeurs et en piétinant, pour bien se faire comprendre, l'orgueil national français.

Au t'es moche des uns, répond le t'es rien des autres.

Les éléments d'une cohabitation mondiale sans nuages se mettent en place. Ça promet.

19 avril 2008

Donc, rien.

Carnets de nuit

  • Carnets de nuit, qu'est-ce c'est ? C'est le blog politique d'une voix libre, souvent moqueuse, parfois sérieuse, d’un amoureux et d'un citoyen du monde.

    Au fil des nuits, des jours, des humeurs et des urgences, vous y trouverez des coups de gueule sans pitié et des coups de chapeau sans frontières.

    Vous y trouverez également des informations peu répandues ou non mises en perspective sur les médias traditionnels, des éléments d’analyse politique, sous-tendus par une conviction simple : ce monde est trop beau pour qu’on accepte, sans sourciller, qu’il se fasse tant de mal.

    Vous y trouverez enfin, au-delà de la critique, des propositions citoyennes, soucieuses du long terme, pour changer le monde. S’il veut. Ou, plutôt, si VOUS le voulez.

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